Nous vous présentons ici cinq des repas préférés des Ticos, ceux que l’on retrouve le plus souvent sur les tables familiales, dans les sodas de quartier et lors des rassemblements communautaires. Ces plats ne servent pas seulement à nourrir : ils reflètent aussi la culture, les traditions et même certaines notions historiques du Costa Rica. Chaque recette raconte quelque chose du pays, de son rapport au travail, à la famille, à la terre et à la solidarité.
« La cuisine costaricienne n’est pas spectaculaire, mais elle est honnête. Et c’est ce qui la rend authentique. »
— Daniela Rojas, Heredia
Pour certains lecteurs, une constatation pourrait surprendre : chacun de ces plats inclut du riz, directement dans l’assiette ou en accompagnement. Ce n’est ni un hasard ni une simple habitude culinaire. Historiquement, le riz s’est imposé au Costa Rica dès le XIXᵉ siècle comme un aliment central, à la fois abordable, nourrissant et bien adapté aux réalités agricoles locales. Il est rapidement devenu la base énergétique des familles, particulièrement dans les milieux ruraux et ouvriers. Avec le temps, le riz a dépassé son rôle de simple féculent pour devenir un véritable pilier culturel, symbole de stabilité et de continuité. Ces cinq repas en sont l’illustration vivante, à la croisée de la gastronomie et de l’histoire quotidienne du pays.
Gallo Pinto, le plat qui commence toutes les journées
Le gallo pinto est bien plus qu’un plat : c’est un rituel national. Son nom signifie littéralement « coq tacheté » en français, une image qui fait référence au contraste des couleurs entre le riz et les haricots noirs, rappelant le plumage moucheté d’un coq. Chaque matin ou presque, il se retrouve sur les tables costariciennes.

Composé de riz et de haricots noirs sautés avec oignon, poivron et coriandre, souvent relevés d’une touche de sauce Lizano, (cliquez ici pour en savoir plus sur la fameuse sauce – Salsa Lizano). Ce repas est servi principalement au déjeuner.
« Un gallo pinto sans Lizano, c’est comme une plage sans mer : ça ressemble, mais ce n’est pas ça. »
— Fabiola Hernández, Puntarenas
On l’accompagne d’œufs, de fromage frais, de bananes plantain et parfois de viande. Ses saveurs sont douces, légèrement salées, sans excès, à l’image de la cuisine tica. Présent dans tout le pays, avec de subtiles variantes régionales, le gallo pinto est né d’une cuisine simple et économique avant de devenir un symbole identitaire fort, synonyme de constance, d’ingéniosité et de réconfort.
Casado : l’assiette complète qui nourrit le Costa Rica
Le casado est l’assiette du quotidien par excellence. C’est le repas que l’on retrouve dans presque tous les sodas à l’heure du midi, celui qui nourrit les travailleurs, les familles et les étudiants. Il se compose de riz, de haricots, d’une salade fraîche, de légumes cuits, de banane plantain mûre et d’une protéine au choix : poulet, bœuf, porc ou poisson. Les saveurs y sont équilibrées, jouant entre le sucré, le salé et la fraîcheur des légumes.

L’origine de l’expression casado est profondément sociale. Le mot signifie littéralement « homme marié ». À l’origine, ce plat représentait le repas complet et nourrissant que les femmes préparaient pour leur mari avant qu’il parte travailler, souvent aux champs ou sur les chantiers. Avoir un casado signifiait avoir un foyer, une stabilité et un repas substantiel.
« Un bon casado, c’est l’équilibre parfait. Si l’assiette est bien remplie, tu sais que tu vas tenir toute la journée. C’est la base de notre alimentation depuis toujours. »
— Carlos Méndez, Alajuela
Les célibataires, eux, devaient bien souvent se contenter d’un repas beaucoup plus modeste, parfois simplement une tortilla avec du fromage. Avec le temps, le casado est devenu un standard national, tout en conservant cette symbolique de repas complet, rassurant et équilibré.
Olla de Carne : la tradition qui mijote lentement
L’olla de carne est le plat du temps long, du foyer et du partage. Cette soupe traditionnelle à base de bœuf mijoté longuement avec des légumes racines — yucca, chayote, carotte, maïs et pomme de terre — occupe une place particulière dans la culture culinaire costaricienne, surtout le dimanche. Son bouillon riche et nourrissant rappelle une cuisine paysanne, profondément liée à la terre et aux saisons.

Traditionnellement, l’olla de carne est servie avec un petit bol de riz blanc à part, que l’on ajoute selon l’appétit, directement dans le bouillon ou dégusté en accompagnement. Plat réconfortant par excellence, il est particulièrement populaire dans les régions au climat plus tempéré du Costa Rica, notamment dans les zones montagneuses et dans la capitale, où les températures plus fraîches se prêtent naturellement aux plats mijotés. On le retrouve moins fréquemment dans les villages touristiques près des plages, où la chaleur incite davantage à des repas plus légers, même s’il demeure parfois au menu de certains établissements traditionnels.
Pour de nombreux Québécois installés au Costa Rica, l’olla de carne évoque immédiatement un souvenir familier : elle rappelle étrangement le bouilli aux légumes traditionnel du Québec. Même principe, même lenteur, même générosité. Un grand chaudron, des légumes simples, une viande longuement mijotée et un repas pensé pour rassembler. Cette ressemblance crée souvent un pont affectif entre les cultures, reliant le Nord et le Sud autour d’une même idée de cuisine réconfortante et familiale.
Arroz con Pollo, l’incontournable… encore et toujours
L’arroz con pollo est le plat des fêtes… et de toutes les fêtes. Préparé à base de riz jaune parfumé, de poulet effiloché, de légumes et d’épices douces, il est servi lors des anniversaires, activités scolaires, levées de fonds, réunions communautaires et célébrations familiales. Ses saveurs sont rondes, accessibles et consensuelles, ce qui en fait un choix sûr pour nourrir petits et grands. Il représente aussi une valeur certainne dans tout les sodas (petits restos familale du pays.

Présent partout au pays, l’arroz con pollo est devenu si incontournable qu’il a inspiré une expression populaire teintée d’humour : « arroz por siempre ». Lorsqu’un Tico lance en souriant « otra vez arroz con pollo… arroz por siempre », il ne se plaint pas vraiment. Il reconnaît simplement que, peu importe l’événement, on finit toujours par revenir à ce grand classique, valeur sûre des fêtes et des rassemblements.
« Quand il y a une fête, une réunion d’école ou même un deuil, il y a presque toujours de l’arroz con pollo. On rit en disant “arroz por siempre”, mais on l’aime vraiment. »
— José Luis Quesada, Heredia
Sa couleur jaune caractéristique provient traditionnellement de l’achiote, aussi appelé roucou, une épice naturelle extraite des graines du roucouyer. Utilisé depuis des siècles en Amérique centrale, l’achiote est particulièrement présent dans certaines régions du Costa Rica, où il est cultivé et intégré à la cuisine locale autant pour sa couleur que pour sa saveur douce et légèrement terreuse. Plus qu’un simple colorant, il fait partie du patrimoine culinaire du pays. Il peut être acheté sous forme naturelle, en grains, ou en pâte, selon les formats commerciaux offerts dans les supermarchés locaux.

Aimé, rassurant et reconnaissable au premier regard, l’arroz con pollo est ainsi devenu un plat éternel — à la fois symbole de célébration, de tradition et de cette constance culinaire que les Ticos évoquent avec affection… et un brin d’autodérision.
Chifrijo : croustillant, simple et terriblement tico
Le chifrijo représente une facette plus moderne et festive de la cuisine costaricienne. Très populaire dans les bars et cantinas, il se compose de riz, de haricots rouges, de morceaux de porc frit croustillants, de pico de gallo et parfois d’avocat, le tout servi avec des tortillas ou des chips. Les saveurs sont intenses et contrastées : croustillant, gras, acide et frais à la fois.

On le retrouve surtout dans les zones urbaines et touristiques un peu partout à travers le pays. Plat relativement récent, le chifrijo illustre l’évolution de la cuisine tica, capable d’intégrer de nouvelles habitudes sans jamais renier ses bases populaires.
Conclusion
Pour réellement comprendre ces plats — et ce qu’ils disent du Costa Rica — il faut aller les goûter là où ils vivent au quotidien : dans les sodas. Les sodas sont de petits restaurants locaux, souvent familiaux, sans prétention, où l’on sert une cuisine maison, généreuse et abordable. Ce sont les cantines du peuple, les lieux où mangent les travailleurs, les familles et les habitués du quartier. On y commande un casado à midi, un gallo pinto au matin, une olla de carne le dimanche, sans menu compliqué ni décor sophistiqué.
« Les sodas, c’est là que tu comprends comment on mange vraiment au Costa Rica. Pas besoin de luxe : juste une assiette simple, chaude et faite avec cœur. »
— Rocío Araya, Liberia
Visiter les sodas, c’est bien plus qu’un choix économique : c’est une immersion culturelle. C’est là que l’on mange comme les Ticos, au même rythme qu’eux, en partageant leurs habitudes et leurs saveurs. À travers le gallo pinto — ce « coq tacheté » devenu emblème national — le casado né d’une réalité familiale, l’olla de carne servie avec son bol de riz blanc et si familière aux Québécois, l’arroz con pollo éternel « arroz por siempre » et le chifrijo festif, on découvre que la cuisine costaricienne se vit avant tout au coin de la rue, dans une simplicité assumée et profondément humaine.

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1 commentaire
Excellent article, très réaliste et fidèle à la pensée costaricienne. Bien sûr, il en existe bien d’autres, mais ce sont des emblèmes nationaux. Merci pour votre souci du détail et pour la valeur que vous accordez à notre culture. Je vous encourage à essayer de reproduire la recette ; elle est simple et vous pourrez toujours emporter un morceau du pays de la pura vida avec vous.