Article 7 d’une série spéciale de 10 articles–conseils pour ceux voulant s’expatrier.
Quand Claire Durocher s’envole pour la Chine avec sa fille, ce n’est pas pour suivre une mode ni pour fuir sa réalité. C’est un moment charnière. Une perte d’emploi qui, pour plusieurs, aurait été vécue comme une chute, devient pour elle un point de bascule. Elle refuse de voir cet événement comme un échec. Au contraire, elle y voit une ouverture — une occasion qu’elle saisit pleinement, et qui lui permet aussi de réaliser un rêve qu’elle portait depuis longtemps : celui de travailler à l’étranger. « Je ne suis pas un déserteur du destin. Lorsque j’ai perdu mon emploi, j’ai profité de l’occasion pour faire quelque chose de significatif. Travailler outre-mer. »
Mais ce qui distingue Claire dès le départ, c’est son intention. Elle ne part pas pour recréer sa vie ailleurs. Ni ne cherche à améliorer un quotidien existant en y ajoutant simplement du dépaysement. Elle part pour vivre une expérience, pleinement consciente que cela implique de sortir de ses repères. « Cette fois, l’approche était différente, je ne cherchais pas un milieu de vie, ce serait davantage une expérience culturelle. »
这是一次深刻的转变。
Quand changer de pays signifie changer de monde
Pour Claire, quitter le Canada pour s’installer en Chine ne se résume pas à un changement de décor. C’est un basculement profond, un passage d’un monde à un autre, où tout ce qu’elle croyait maîtriser perd soudainement sa valeur. Quoiqu’elle soit très ouverte d’esprit et sur le monde, le choc est immédiat. Passer de l’Occident à l’Orient, ce n’est pas seulement changer de repères géographiques, c’est entrer dans une autre manière de penser, de ressentir et d’interagir. Très rapidement, elle réalise que ses réflexes ne fonctionnent plus, que ses habitudes deviennent inutiles et que ses certitudes s’effondrent. « Je me rends vite compte que j’avais tout à apprendre. »
Changzhou : une immersion dans une Chine plus authentique
C’est à Changzhou (常州) que Claire s’est installée avec sa fille. Ville de plusieurs millions d’habitants, elle offre un contraste fascinant entre tradition et modernité — un cadre représentatif de nombreuses villes chinoises de second rang, souvent plus authentiques que les grandes métropoles comme Shanghai.

Dans le contexte d’une expatriation comme celle de Claire, vivre à Changzhou signifie être plongée dans une Chine réelle, moins touristique, où l’adaptation, la langue et la culture prennent toute leur importance au quotidien. Elle y enseignait l’anglais en l’intégrant à la culture générale, créant ainsi des ponts entre les réalités culturelles.
Le yin et le yang : comprendre l’équilibre plutôt que résister
C’est dans ce contexte qu’elle découvre, au-delà des mots et des concepts, une réalité profondément ancrée dans la culture chinoise : celle du yin et du yang. Une façon de comprendre le monde non pas en oppositions rigides, mais en équilibres vivants. Dans son quotidien, Claire Durocher le ressent concrètement. D’un côté, le yin : l’inconfort, la perte de repères, le doute, le ralentissement imposé, cette impression de ne plus savoir. De l’autre, le yang : le mouvement, l’adaptation, la curiosité, l’élan vers l’autre et la capacité à reconstruire.
直面与失衡抗争。
Au début, elle tente de lutter contre ce déséquilibre. Mais plus elle résiste, plus le choc est fort. Puis, progressivement, quelque chose s’apaise. Elle comprend que ces deux forces ne s’opposent pas, elles coexistent. L’inconfort n’est pas un obstacle, il fait partie du chemin. La difficulté n’est pas une erreur, elle est une composante essentielle de l’expérience. À partir de ce moment, Claire cesse de vouloir reproduire ce qu’elle connaissait. Elle commence à s’ajuster à ce qu’elle vit.

S’adapter plutôt qu’imposer ses repères
Face à ce choc, elle aurait pu choisir la résistance. Chercher à recréer un environnement familier, à imposer ses habitudes, à se protéger dans une bulle rassurante. Mais elle fait un autre choix, plus exigeant, mais aussi profondément enrichissant. « Contrairement à vouloir imposer ce que je connais, je me fonds dans mon environnement social et physique. » Elle ne lutte pas contre ce qu’elle ne comprend pas. Elle observe, elle écoute, elle s’imprègne. Progressivement, elle apprend à vivre dans ce nouvel environnement sans chercher à le transformer. « J’amène ma vie avec moi comme si je faisais simplement une promenade en Chine. » Ce n’est pas une transplantation de vie, mais une manière d’être, une présence en mouvement, souple et ouverte.
但这种开放是有代价的,那就是失去原有的参照与方向。
Mais cette ouverture a un prix. Celui de la perte de repères. Une perte réelle, parfois profondément déstabilisante. « À mon arrivée en Chine, je n’avais plus aucun point de repère. » Et ce ne sont pas seulement des habitudes pratiques qui disparaissent, c’est une désorientation complète. « C’était beaucoup plus que les différentes mentalités Occident et Orient, c’était mes cinq sens qui ont disparu. » Les odeurs, les sons, les goûts, les images — tout devient étranger. Même les gestes les plus simples, comme traverser une rue ou faire l’épicerie, doivent être réappris. « Je me sentais comme à mon premier jour de maternelle. »
La langue : un défi, mais surtout une clé d’intégration
Au cœur de cette désorientation, la langue prend une place centrale. Claire en est convaincue : « La langue est un atout majeur et un signe de respect. » Mais en Chine, ce défi est total. « On connaît tous l’expression “c’est du chinois”… là, c’est profond. » Elle ne peut ni deviner ni s’appuyer sur des repères connus. Tout doit être reconstruit. Cette incompréhension ne crée pas seulement de la frustration, elle installe une insécurité diffuse dans le quotidien. « C’est l’insécurité qui meuble mon quotidien. »
Pourtant, cette dépendance devient un point de bascule. Privée de ses automatismes, Claire n’a pas d’autre choix que d’aller vers les autres. « Cette dépendance m’a amenée à entrer en contact avec les gens… c’était ma seule façon de survivre. » Et c’est là que tout change. Les échanges deviennent humains, les liens se créent. Les efforts, même imparfaits, sont perçus et accueillis. « Avoir un vocabulaire de base et une connaissance de la culture créent un climat de confiance. »

Peu à peu, elle est invitée dans des familles, elle partage des moments simples, elle découvre une Chine vécue de l’intérieur. Elle ne regarde plus, elle participe.
Claire Durocher évite aussi un piège fréquent : celui de rester entre expatriés. « Je n’ai pas d’intérêt d’aller dans un autre pays… et de me retrouver uniquement dans un groupe de compatriotes. » Pour elle, partir implique une ouverture réelle. Sinon, l’expérience perd son sens.
生活在另一种语言和另一种文化中
Vivre dans une autre langue sans perdre son identité
Avec le temps, une autre transformation s’opère. Vivre dans une autre langue et une autre culture donne parfois l’impression de se perdre. « Lorsqu’on parle une autre langue, on a l’impression de perdre son identité. » Mais cette impression évolue. « Au contraire, ça renforce nos valeurs… en comprenant mieux l’autre. » Elle ne perd pas son identité, elle la redéfinit, elle l’affine, elle la comprend autrement.
Avec du recul, Claire ne parle pas d’une expérience facile. Elle parle d’une expérience vraie. « Je me suis enivrée de bonheur sur cette nouvelle terre promise qu’était la Chine. » Pas parce que tout était simple, mais parce que tout était vécu pleinement, avec ses défis, ses inconforts et ses apprentissages.
Aujourd’hui, son message est clair. « Une étape incontournable si on veut se faire un nouveau chez soi… une vie vivante. » Et surtout, cette idée qui résume tout son parcours : « L’idée de vivre ailleurs n’est pas pour reproduire ce que je fais déjà. »

Un conseil simple : recréez quelques points d’ancrage personnels, sans chercher à tout contrôler. Une routine de base, un lieu familier, quelques habitudes quotidiennes suffisent pour retrouver un certain équilibre. Et surtout, acceptez de ne pas tout comprendre immédiatement. Ce n’est pas un recul, c’est une étape normale. Avec le temps, ce qui semblait déroutant devient familier… et c’est souvent là que l’intégration commence vraiment.
Pour en savoir plus sur Claire Durocher, cliquez ici pour visiter son site Internet. Elle vous fera voyager à travers ses expériences et ses réflexions.
L’expatriation comme transformation personnelle
Ce qu’elle a compris, c’est que partir ne consiste pas à améliorer une vie existante. C’est accepter d’en créer une autre. Différente, parfois déstabilisante, mais profondément authentique. Ceux qui cherchent à reproduire leur vie finissent souvent par se heurter à une frustration persistante, parce que le monde autour d’eux ne fonctionne pas comme ils le souhaitent. À l’inverse, ceux qui acceptent de se transformer découvrent une richesse plus profonde, plus vraie, une profondeur qu’on ne peut atteindre en restant dans le confort de ce que l’on connaît déjà.
Parce qu’au fond, la question n’est pas de savoir où vivre. La vraie question est ailleurs. Es-tu prêt à vivre autrement… ou veux-tu simplement vivre ailleurs ?
你准备好以不同的方式生活了吗……还是只是想换个地方生活?
4 réponses à « Expatriation: si c’est pour vivre pareil, pourquoi partir ? »
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Wow merci, très intéressant
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Merci pour votre commentaire. 🙂
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Merci pour vos reportages toujours intéressants et très pertinents. Celui-ci ne fait pas exception.
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Merci de nous lire. Les commentaires sont toujours appréciés 🙂
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