Illustration du nouveau Waldorf Astoria à Punta Cacique qui a ouvert ses portes en 2025. Le village de Playas del Coco est en arrière plan.
Le Pôle touristique du Golfe de Papagayo se trouve sur la côte nord-ouest du Costa Rica, dans la province du Guanacaste, à une trentaine de minutes de l’aéroport international de Liberia. Il englobe des communautés bien ancrées comme Playa Panamá, Playas del Coco et Playa Hermosa, des localités qui vivent du tourisme, de la pêche, du commerce et des services depuis des décennies. Autrement dit, le tourisme n’y est pas un accident récent : il fait partie du quotidien.
Le Pôle touristique du Golfe de Papagayo ne date pas d’hier : son origine remonte aux années 1970, quand le Costa Rica, en lien avec des études régionales sur le potentiel touristique en Amérique centrale, a commencé à planifier des zones dédiées au tourisme et à l’accueil des grands projets hôteliers.
Papagayo n’est ni un projet sorti de nulle part ni une dérive incontrôlée. C’est une zone de développement planifiée par l’État costaricien, sous la supervision de l’Institut costaricien du tourisme (ICT), avec une intention claire : canaliser les grands projets dans un périmètre précis, pour en surveiller les impacts environnementaux, sociaux et économiques, plutôt que de laisser le béton grignoter le littoral sans règles ni vision.
Mais en 2025, l’ouverture très médiatisée du luxueux Waldorf Astoria et de Nekajui, un complexe hôtelier haut de gamme niché entre mer et montagne dans le golfe de Papagayo, a servi de détonateur. À mesure que les projets d’envergure s’additionnent, les critiques explosent.


Sur les réseaux sociaux, dans certains groupes citoyens et même dans les discussions de plage, le ton devient brutal. On dénonce. On s’indigne. On accuse. Pour une partie de l’opinion publique, le développement immobilier et touristique n’est plus un débat nuancé : il est devenu le coupable idéal, résumé à un seul mot — le problème.
Quand la colère prend le dessus sur la cohérence
À Playas del Coco, Claude Saint-Louis, résident depuis 20 ans, ne cache pas son opposition. « On est en train de perdre l’âme du Guanacaste. Trop de béton, trop de gros projets. Ce n’est plus le Costa Rica que j’ai connu », lance-t-il, inquiet de voir la région se transformer rapidement.
Un discours partagé par plusieurs, nourri par une réelle crainte de voir disparaître paysages, tranquillité et accès aux ressources. Une inquiétude légitime, certes. Mais une inquiétude qui, selon d’autres résidents, manque parfois de mémoire… ou de cohérence.
« Contre aujourd’hui, mais bénéficiaires d’hier »
À Playa Panamá, Louise Leduc, résidente à la retraite, observe le débat avec un regard beaucoup plus critique envers… les critiques eux-mêmes.
« Ce qui me dérange, ce n’est pas qu’on questionne le développement. C’est l’hypocrisie de certains discours. Plusieurs de ceux qui crient le plus fort aujourd’hui ont largement profité du développement immobilier et touristique quand il faisait leur affaire, notamment lors du développement du secteur Las Palmas comme exemple. À l’époque, c’était une opportunité. Aujourd’hui, ce serait devenu un scandale ? »
Selon elle, le rejet systématique du développement frôle parfois la contradiction. « On ne peut pas dire que le tourisme a été bon pour nous pendant vingt ans, puis soudain décider qu’il est mauvais pour les autres. Le problème n’est pas le développement en soi, mais la manière dont il est encadré. »
Elle ajoute que, malgré les critiques actuelles, nombreux sont ceux qui continuent d’encaisser les bénéfices de la hausse de la valeur immobilière dans la région, directement liée à sa popularité touristique. « Sur ce point-là, bien peu crachent sur l’augmentation de la valeur de leurs propriétés », soutient-elle.
Un point de vue qui reflète celui d’une partie de la population locale, consciente que le tourisme demeure l’un des piliers économiques du Guanacaste, même lorsqu’il dérange.
Pourquoi le Pôle touristique de Papagayo existe vraiment
Contrairement à ce que certains laissent entendre, le Pôle touristique du Golfe de Papagayo n’a pas été conçu pour favoriser un développement incontrôlé. Bien au contraire.
L’idée du gouvernement costaricien est de canaliser les grands investissements dans une zone précise, afin de mieux protéger le reste du littoral, de planifier les infrastructures, de contrôler l’utilisation de l’eau et de surveiller les impacts environnementaux. Donc, mieux vaut un développement concentré et surveillé qu’un littoral développé avec moins d’encadrement.
Nouvelles stratégies gouvernementales : changer le ton et la méthode
Face aux critiques grandissantes, l’État costaricien et l’Institut costaricien du tourisme (ICT) ont amorcé un virage plus structuré dans la gestion du Pôle touristique du Golfe de Papagayo.
Cette nouvelle approche se traduit par un encadrement plus strict des projets immobiliers et hôteliers, une exigence accrue de plans de durabilité mesurables, une meilleure intégration des communautés locales dans les processus décisionnels, ainsi que par la mise en place de mécanismes de transparence et de reddition de comptes, tout en renforçant la protection des zones naturelles et des corridors biologiques.
Des projets comme Bahía Papagayo, avec son Plan de durabilité et de communauté 2025–2030, s’inscrivent directement dans cette logique de gouvernance renouvelée.
Tourisme, immobilier et réalité économique
Le Costa Rica ne peut pas se permettre un débat simpliste. Le tourisme génère des emplois, soutient des milliers de familles et contribue directement au financement de nombreux services publics. Le nier serait aussi irréaliste que d’affirmer que tout développement est, par définition, vertueux. La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut du tourisme ou non, mais quel tourisme le pays choisit de développer, et à quelles conditions.

Selon Rubén Gabiño, directeur général du Waldorf Astoria Costa Rica à Punta Cacique, l’établissement génère déjà plus de 360 emplois directs, majoritairement occupés par des talents du Guanacaste, et se veut un véritable catalyseur de développement économique et social pour la région. Un rappel concret que, lorsqu’il est encadré et structuré, le tourisme peut aussi être un levier, et non uniquement un sujet de confrontation.
Une riposte nécessaire, mais un dialogue indispensable
Le développement touristique du Golfe de Papagayo mérite d’être critiqué, questionné et surveillé. Mais il mérite aussi d’être analysé avec honnêteté et mémoire. Car crier contre le développement sans reconnaître qu’il a, hier encore, profité à beaucoup, n’aide ni l’environnement, ni les communautés, ni le Costa Rica.
Entre la colère et l’aveuglement, il existe une voie plus exigeante : celle d’un tourisme encadré, transparent et responsable, où les critiques nourrissent des solutions plutôt que des contradictions. Le Golfe de Papagayo est aujourd’hui au cœur de ce débat. Et il pourrait bien devenir, pour le meilleur ou pour le pire, le miroir du futur touristique du Costa Rica.

super et merci 🙂
Superbe description

Merci pour votre commentaire et bienvenue au Costa Rica!!!
Bonjour, Merci pour tous ces bons conseils. Je suis une femme, j ai 74 ans et après deux séjours au…

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