La candidate du Parti Pueblo Soberano (PPSO), Laura Fernández, a remporté l’élection présidentielle costaricienne dès le premier tour, ce dimanche 1er février 2026. Selon le dernier décompte du Tribunal Supremo de Elecciones (TSE), elle a obtenu 839 039 votes, soit 49,61% des suffrages, avec 75,9 % des bureaux de vote dépouillés au moment de l’annonce officielle.
Âgée de 39 ans, Fernández deviendra, le 8 mai, la deuxième femme présidente de l’histoire du Costa Rica, après Laura Chinchilla (2010-2014). Fernández, ancienne ministre et successeure désignée du président sortant Rodrigo Chaves, figure de la droite costaricienne dont le style et certaines positions ont parfois été comparés aux politiques trumpistes.
Si ce résultat confirme la continuité du projet politique du président sortant, il révèle aussi une réalité plus nuancée : Laura Fernández accède à la présidence avec un capital politique solide, mais sans l’assise parlementaire qui aurait garanti un pouvoir pleinement maîtrisé.
Une victoire attendue, mais incomplète
La victoire de Laura Fernández s’inscrit dans un scénario largement anticipé par les sondages. Une enquête du CIEP de l’Université du Costa Rica, publiée le 27 janvier, la plaçait déjà en tête avec 43,8 % des intentions de vote, alors que 26 % des électeurs demeuraient indécis à moins d’une semaine du scrutin.
Le verdict des urnes confirme donc la tendance, mais il n’offre pas au nouveau pouvoir l’élan législatif espéré par l’officialisme.
Derrière Laura Fernández, le candidat du Parti de la Libération Nationale (PLN), Álvaro Ramos, se classe deuxième avec 32,8 % des voix. Il est suivi, à distance, par Claudia Dobles (Coalición Agenda Ciudadana) avec 4,7 %, Ariel Robles (Frente Amplio) avec 3,6 %, et Juan Carlos Hidalgo (PUSC) avec 2,8 %.

Cette dispersion des voix reflète un paysage politique fragmenté, autant chez l’opposition que dans la future configuration parlementaire.
Qui est Laura Fernández ?
Politologue de formation et ancienne haute responsable de l’Exécutif, Laura Fernández a construit son parcours au cœur de l’appareil gouvernemental, en occupant plusieurs postes clés au sein du cabinet présidentiel. Sa candidature a été explicitement présentée comme celle de la continuité du “chavisme”, dans un contexte de forte polarisation politique et d’opposition désunie.
Durant la campagne, cette proximité avec le pouvoir sortant lui a valu de nombreuses critiques, notamment concernant l’influence de figures centrales de l’officialisme, dont la députée Pilar Cisneros. Sa décision de se soustraire à plusieurs débats et forums publics a également alimenté le débat sur son style politique et sa conception de la reddition de comptes.
Elle sera accompagnée à la vice-présidence par Francisco Gamboa Soto et Douglas Soto Campos.
Assemblée législative : le talon d’Achille du nouveau pouvoir
C’est sur le terrain législatif que la victoire présidentielle révèle ses limites. Le parti au pouvoir n’a pas atteint son objectif stratégique de 40 députés, seuil présenté comme nécessaire pour mener des réformes structurelles d’envergure, notamment dans le fonctionnement des institutions et du système judiciaire.
Les projections actuelles attribuent au PPSO environ 30 sièges sur 57, un résultat significatif, mais insuffisant pour gouverner sans négociations constantes. Cette réalité place Laura Fernández à la tête d’un exécutif qui devra composer, convaincre et parfois céder pour avancer son agenda.
Autrement dit, la présidente élue dispose de la légitimité électorale, mais non de la pleine maîtrise institutionnelle.
Des défis immédiats dans un contexte contraint
Sécurité. Le défi le plus pressant demeure la lutte contre la violence liée au narcotrafic et au crime organisé. Le Costa Rica a clôturé l’année 2025 avec 873 homicides, soit un taux de 16,7 pour 100 000 habitants, l’un des plus élevés de son histoire récente. Les attentes citoyennes sont élevées, mais les marges de manœuvre politiques pourraient être limitées par l’équilibre parlementaire.
Éducation. Le secteur éducatif exigera également des réponses rapides. Les résultats PISA 2022 montrent un recul préoccupant, notamment en mathématiques, avec une perte de 17 points, et une baisse du rendement en lecture par rapport à 2018.
Infrastructures. Les retards chroniques en matière d’infrastructures illustrent des problèmes structurels de planification et d’exécution. En 2024, le MOPT indiquait que certains tronçons stratégiques du périphérique de San José n’étaient complétés qu’à 70 %, malgré des années de travaux.
Investissements et relations avec les États-Unis. Sur le plan économique, la nouvelle présidente hérite d’un modèle fortement dépendant de l’investissement étranger direct. Avec 3,533 milliards de dollars US d’IED au troisième trimestre de 2025, le Costa Rica demeure attractif, mais vulnérable aux chocs externes. La politique commerciale américaine sous la présidence de Donald Trump, marquée par un regain protectionniste, pourrait fragiliser cet équilibre.
Continuité politique, fragilité institutionnelle
Laura Fernández entame son mandat avec un paradoxe central : une victoire présidentielle claire, mais une gouvernabilité incertaine. Dans un Congrès fragmenté et marqué par des tensions persistantes entre l’Exécutif et le législatif, chaque réforme exigera des alliances, des compromis et une capacité de dialogue qui n’a pas toujours caractérisé le climat politique récent.
Alors que le TSE poursuit l’actualisation des résultats officiels, la présidente élue s’engage dans une phase de transition déterminante. La sécurité et la confiance économique figurent en tête de ses priorités, mais c’est bien sa capacité à gouverner sans majorité solide qui définira la trajectoire réelle de son mandat.
Un mandat 2026–2030 sous haute surveillance
Laura Fernández prendra officiellement ses fonctions dans un contexte exigeant, où la population attend des résultats rapides, mais où les institutions demeurent attentives à la préservation des équilibres démocratiques.
Si le verdict des urnes est sans ambiguïté, celui de la gouvernance reste à écrire. Plus que jamais, le succès ou l’échec de cette présidence dépendra de sa capacité à transformer une victoire électorale en leadership politique durable, dans un système où le pouvoir ne se décrète pas, mais se construit jour après jour.
Contexte historique de la politique Costaricienne
Historiquement, le peuple costaricien se situe davantage au centre qu’à droite ou à gauche. Depuis la fin de la guerre civile de 1948, le Costa Rica s’est construit autour d’un État social fort, inspiré de la social-démocratie, avec la création de la Sécurité sociale, des investissements majeurs en éducation et l’abolition de l’armée. Cet héritage a façonné une société profondément attachée aux services publics, à la stabilité institutionnelle et à l’État de droit, tout en demeurant socialement conservatrice sur plusieurs enjeux culturels.
Avec le temps, l’ouverture économique, la fatigue du bipartisme traditionnel et les scandales de corruption ont progressivement transformé le comportement électoral. L’électorat costaricien est devenu plus pragmatique, plus méfiant et plus volatil, se détachant des grandes étiquettes idéologiques au profit de considérations concrètes. Aujourd’hui, les votes se structurent moins autour d’un clivage droite-gauche que selon les enjeux du moment, notamment la sécurité, l’efficacité de l’État et la lutte contre la corruption, avec une préférence marquée pour les personnalités perçues comme capables d’agir.
C’est dans ce contexte historique que s’inscrit l’élection de Laura Fernández. Son succès en 2026 ne traduit pas un basculement idéologique vers la droite, mais plutôt un réflexe circonstanciel d’un électorat ancré dans un centre social-démocrate, mais lassé par l’inefficacité perçue de l’action publique et par la montée de l’insécurité. Les électeurs ont davantage choisi une promesse d’ordre, d’autorité et de résultats qu’un projet idéologique clairement défini, acceptant l’idée d’un pouvoir exécutif plus ferme tant qu’il demeure encadré par les institutions.
La victoire de Laura Fernández s’apparente ainsi à un vote de confiance conditionnel. Elle bénéficie d’une légitimité électorale réelle, mais son mandat s’inscrit dans un cadre institutionnel contraint, marqué par un Parlement fragmenté et par une tradition démocratique qui limite toute concentration excessive du pouvoir. Plus qu’un chèque en blanc, le scrutin de 2026 reflète la continuité d’un électorat costaricien historiquement centriste, exigeant des résultats, mais profondément attaché à l’équilibre des pouvoirs et à la préservation de ses institutions.
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