Article 3 d’une série spéciale de 10 articles–conseils pour ceux voulant s’expatrier en 2026.
S’expatrier ne se fait jamais complètement seul. Mais croire que n’importe quel entourage vaut mieux que la solitude est une erreur fréquente — et parfois fatale. Même avec de la motivation, de l’enthousiasme et une bonne préparation, les personnes qui nous entourent peuvent faire basculer un projet d’expatriation vers la réussite… ou vers l’échec. Mal s’entourer peut être plus destructeur que d’avancer seul.
L’expérience des anciens : une richesse… ou un poison
Les expatriés installés depuis plusieurs années ont traversé toutes les étapes : l’euphorie des débuts, le choc culturel, les désillusions, les ajustements, puis — pour certains — une forme d’équilibre. Leur vécu est précieux, car il montre ce que les guides, les réseaux sociaux et les vidéos idéalisées ne racontent pas : la réalité quotidienne. Mais encore faut-il savoir écouter les bonnes voix. Car toutes les expériences ne sont pas des repères. Certaines sont des avertissements déguisés en conseils.
C’est une vérité inconfortable, mais essentielle : tous les expatriés ne vivent pas bien leur expatriation. Ce n’est ni un jugement ni une attaque. C’est un constat. Certaines personnes n’ont pas quitté leur pays pour bâtir quelque chose, mais pour fuir un malaise, une insatisfaction ou un mal-être profond. Or, changer de pays ne règle rien de ce qui se passe à l’intérieur. On ne recommence pas une vie simplement en changeant de décor.
Quand l’amertume des autres devient votre doute
Lorsqu’on arrive dans un nouveau pays, on se tourne naturellement vers ceux qui semblent savoir. Ils parlent avec assurance, partagent leurs expériences, donnent des conseils. On pense être entre bonnes mains. Puis les discours s’installent : tout est compliqué, tout est cher, tout est injuste. Le pays devient le problème. La culture devient le problème. Les gens deviennent le problème. Peu à peu, ce regard négatif s’infiltre. Les doutes naissent. La confiance s’effrite. On finit par croire que l’erreur, c’est d’être venu. Ce n’est pas le pays qui devient lourd — c’est le filtre qu’on vous impose.
Claude Martel, expatrié originaire de Sherbrooke au Québec, nous partage dans cet article certaines réflexions issues de son expérience. Il évoque un contexte qu’il a trouvé particulièrement difficile à ses débuts, marqué — comme pour d’autres — par une importante remise en question.
« À mon arrivée, je me suis naturellement rapproché de compatriotes déjà installés. Ils semblaient expérimentés, confiants… je pensais être entre bonnes mains. Mais très vite, leurs paroles ont commencé à me miner. Tout était compliqué selon eux. Le pays, les gens, l’administration, le coût de la vie, les Ticos… rien n’allait jamais. Chaque difficulté devenait une preuve que j’avais fait une erreur. Au lieu de m’aider à m’adapter, ils nourrissaient mes doutes. J’ai commencé à voir le Costa Rica à travers leur amertume.
Fuir son mal-être, c’est l’emporter dans ses valises
Lorsqu’on cherche le bonheur en fuyant, on ne le trouve pas. On transporte ses frustrations, ses blessures et ses échecs avec soi. Et tôt ou tard, cela s’exprime. Discours amers, vision sombre du pays d’accueil, généralisation excessive des difficultés, besoin constant de blâmer le système, la culture ou les autres. Ces personnes ne sont pas toujours conscientes de l’impact qu’elles ont. Mais pour un nouvel arrivant encore fragile, elles peuvent devenir profondément toxiques.
« J’ai longtemps cru que ces expatriés “désabusés” détenaient une forme de vérité. Ils parlaient fort, avec assurance, comme s’ils avaient tout compris. Avec le temps, j’ai réalisé une chose troublante : ils étaient malheureux ici… mais ils l’étaient déjà avant de partir. Le pays avait simplement changé, pas leurs blessures.
Bien s’entourer ne veut pas dire s’illusionner
Bien s’entourer ne signifie pas s’entourer uniquement de gens naïvement positifs ou aveuglément enthousiastes. Cela signifie s’entourer de personnes capables de nuance. Des gens qui reconnaissent les difficultés sans les transformer en drame permanent. Qui parlent autant des réussites que des limites. Qui assument leurs choix sans accuser constamment le pays. Et qui ont construit une certaine stabilité, même imparfaite. Ce sont des personnes qui n’idolâtrent pas l’expatriation, mais qui l’ont apprivoisée.
À un moment charnière de son parcours, Claude raconte avoir croisé la route d’un autre expatrié, installé au Costa Rica depuis près de 14 ans. Contrairement aux discours amers qu’il avait entendus jusque-là, cet homme parlait avec calme et assurance.
« En parlant avec quelqu’un installé ici depuis longtemps, j’ai compris que l’expatriation ne se vit pas dans l’urgence. Les défis existent, mais ils n’empêchent pas de construire quelque chose de solide quand on accepte la réalité et la culture telle qu’elle est. »
Le bonheur ne se déménage pas
Il faut le dire clairement, sans romantisme inutile : on ne déménage pas vers le bonheur. On déménage avec ce que l’on est. Un pays peut offrir un cadre différent, un rythme de vie plus doux, de nouvelles opportunités. Mais il ne guérit pas les blessures profondes, ne règle pas les conflits internes et ne fait pas le travail personnel à votre place. S’expatrier pour construire est une démarche saine. S’expatrier pour fuir est une illusion dangereuse.
Le jour où j’ai compris que le bonheur ne se transmet pas par la plainte, j’ai choisi consciemment de m’entourer autrement. Pas de gens parfaits. Juste de gens responsables de leur vie, capables de réalisme. Le jour où j’ai compris que le bonheur ne se transmet pas par la plainte, j’ai choisi consciemment de m’entourer autrement. Pas de gens parfaits. Juste de gens responsables de leur vie. Cette décision a été pour moi un tournant dans mon expatriation. »
Choisir son entourage est un acte de maturité
Dans les premiers mois d’expatriation, l’esprit est malléable, parfois vulnérable. Les discours que l’on absorbe façonnent notre perception du pays… et de nous-mêmes. S’entourer consciemment, c’est protéger son équilibre mental. C’est refuser de porter des peurs qui ne sont pas les siennes. C’est rester ancré dans la réalité sans sombrer dans le cynisme. Et c’est, surtout, se donner de vraies chances de réussite à long terme.
« Si j’avais un conseil à donner, ce serait de vous faire confiance tout en restant ouverts. Ne prenez pas tout pour acquis, ne croyez pas tout ce que vous entendez. Avec de la patience, du discernement et le bon entourage, ce qui semble difficile au début peut devenir une expérience profondément enrichissante. »
En conclusion: oui il faut écouter, mais pas tout le monde.
Oui, il faut écouter ceux qui sont déjà expatriés. Leur expérience est précieuse, parfois essentielle, surtout au début. Mais non, il ne faut pas écouter tout le monde sans filtre. Tous les parcours ne sont pas des modèles, et toutes les voix ne portent pas des conseils utiles. Certaines expériences éclairent, d’autres projettent simplement des frustrations non résolues.
En expatriation, l’entourage n’est jamais un détail. Il influence la perception du pays, la gestion des difficultés et, souvent, la capacité à persévérer. Apprendre à écouter, mais surtout à discerner, est l’un des gestes les plus lucides et les plus déterminants d’un projet de vie à l’étranger.
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