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Le Costa Rica face aux tarifs de Trump : quelles sont conséquences ?

Dispositifs médicaux, café, ananas… des secteurs stratégiques menacés

par Yves Pepito Malette
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Le 2 avril 2025, le président américain Donald Trump a annoncé une nouvelle mesure tarifaire d’envergure, surnommée « Journée de la Libération ». Ce décret prévoit une taxe universelle de 10 % sur toutes les importations vers les États-Unis, ainsi que des droits « réciproques » pouvant aller jusqu’à 50 %, ciblant des pays considérés comme ayant des pratiques commerciales inéquitables. Une taxe supplémentaire de 25 % sur tous les véhicules fabriqués à l’étranger entrera également en vigueur dès le 3 avril.

Un impact potentiel majeur pour l’économie costaricienne

Pour le Costa Rica, cette annonce a l’effet d’un électrochoc. Environ 47 % des exportations nationales sont destinées au marché américain, incluant les dispositifs médicaux, l’ananas, le café et d’autres produits agricoles. Ces nouvelles mesures tarifaires pourraient provoquer un ralentissement significatif des exportations, mettant en péril l’emploi dans plusieurs secteurs clés, notamment celui de la production destinée à l’exportation.

Traditionnellement, les États-Unis étaient le principal marché pour le café costaricien. Cependant, en 2024, l’Europe a dépassé les États-Unis en tant que premier marché d’exportation, recevant 27 494 tonnes de café (42,6 % des exportations totales), tandis que les États-Unis en ont importé 25 759 tonnes (40 %)

Les petits producteurs, notamment de café, pourraient être parmi les plus durement touchés. Si les acheteurs américains cherchent à réduire leurs coûts, ils pourraient se tourner vers des marchés alternatifs non concernés par ces taxes, comme certains pays asiatiques ou africains.

Un contexte commercial atypique

Il est important de souligner que ces mesures ne sont pas des droits de douane traditionnels encadrés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elles s’inscrivent plutôt dans un cadre d’urgence prévu par des lois américaines telles que l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). Celles-ci permettent au président d’imposer des charges exceptionnelles pour des raisons de sécurité nationale ou de déséquilibre commercial.

Ainsi, bien que le traité CAFTA-DR, en vigueur depuis 2009, ait réduit à zéro les droits de douane classiques entre le Costa Rica et les États-Unis, cette nouvelle taxe contourne les règles habituelles du commerce international.

Une lueur d’espoir : les zones franches et la diversification

Malgré ce choc annoncé, le Costa Rica semble mieux préparé que d’autres pays grâce à plusieurs facteurs :

  • Les zones franches : de nombreuses entreprises exportatrices bénéficient d’exonérations qui les rendent plus compétitives.
  • Les accords commerciaux multiples : l’accès privilégié à des marchés comme l’Union européenne, l’Asie ou d’autres pays d’Amérique latine pourrait atténuer l’impact.
  • Les règles d’accumulation d’origine : elles permettent à certains produits de conserver un traitement tarifaire avantageux s’ils remplissent certains critères d’origine.

Rodney Salazar, président de la Chambre de Commerce Extérieur (Crecex), se veut rassurant :

« L’histoire commerciale du Costa Rica est marquée par la résilience. Grâce à une collaboration étroite entre les secteurs public et privé, nous saurons relever ce défi. »

Ce que l’on attend encore

Le décret présidentiel est publié, mais certains éléments clés – notamment l’Annexe II, qui précisera les modalités d’application – sont toujours en attente. Les entreprises devront alors ajuster leurs stratégies, revoir leurs contrats d’exportation et peut-être absorber une partie des nouveaux coûts.

Crecex appelle à une planification stratégique, à la prudence, et surtout à l’unité du secteur privé pour renforcer la position du Costa Rica à l’international.

Et pour le tourisme ?

Déjà fragilisé par la hausse du colón, qui rend le pays plus cher pour les visiteurs étrangers, le tourisme pourrait aussi souffrir indirectement. Si l’économie s’essouffle, les investissements dans les infrastructures touristiques et les services connexes pourraient ralentir, menaçant une des principales sources de revenus du pays.

Une réponse diplomatique sera-t-elle possible ?

Certains pays, comme le Canada ou le Mexique, ont obtenu un sursis temporaire pour certains produits grâce à leur inclusion dans l’accord USMCA. Le Costa Rica pourrait tenter une démarche similaire, mais il lui faudra faire preuve d’agilité diplomatique pour espérer une exemption ou un ajustement.


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